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Trump renomme l'intelligence artificielle « Super Intelligence » devant l'ONU

Publié le 24 septembre 2026 ia-info.fr

Il aura suffi d'un sondage sur Truth Social pour rebaptiser tout un secteur industriel. Le 22 septembre 2026, devant l'Assemblée générale des Nations unies, Donald Trump a annoncé que les États-Unis n'emploieraient plus l'expression « intelligence artificielle » dans leurs documents officiels. Le nouveau nom retenu, « Super Intelligence », abrégé SI, n'est pas sorti d'un comité d'experts ni d'un laboratoire de recherche. Il est sorti d'un vote populaire lancé trois jours plus tôt sur les réseaux du président lui-même.

Un vote plutôt qu'une définition

Le 19 septembre, Trump publie sur Truth Social un message où il juge le terme « Artificial Intelligence » inexact, et surtout peu flatteur. Il soumet trois propositions à ses abonnés : Superior Intelligence, Extreme Intelligence, Supreme Intelligence. Le premier tour ne tranche rien. Un second vote oppose finalement Intelligence supérieure à Super Intelligence. Cette dernière l'emporte avec 65 % des voix.

Le même jour, dans un post séparé, il annonce la création d'une « AI Force », calquée sur le modèle de la Space Force, et la nomination prochaine d'un « tsar de l'IA ». La ligne est claire, pas d'entrave, pas de frein, une industrie qu'il promet de chérir et de protéger, avec une seule limite, celle de la justice pénale et civile existante pour les acteurs malveillants. Rien de neuf sous le soleil réglementaire américain.

New York officialise ce que Washington avait déjà voté

Trois jours plus tard, le vote de Truth Social devient discours d'État. Devant les dirigeants du monde réunis pour la 81e session de l'Assemblée générale, Trump reprend mot pour mot sa justification : le terme « artificiel » donnerait une image fausse d'une technologie qu'il considère bien réelle. Il souhaite que l'ensemble des documents américains adoptent l'appellation Super Intelligence, et il espère, dit-il, que le reste du monde suivra.

Ce passage n'est pas isolé. Une semaine plus tôt, le même homme qualifiait de « supercherie » les craintes d'une IA échappant au contrôle humain, se présentant lui-même comme le seul rempart nécessaire face à une technologie qu'il refuse de voir freiner par la régulation. Les mises en garde de l'ONU, celles d'une partie du secteur technologique, les réserves émises à Pékin, tout cela est balayé du même geste.

Le mot existait déjà, et il voulait dire autre chose

Voilà le vrai problème, et il n'a rien de cosmétique. En recherche sur l'intelligence artificielle, « superintelligence » désigne depuis les travaux du philosophe Nick Bostrom un système hypothétique dont les capacités dépasseraient celles de n'importe quel humain, dans n'importe quel domaine. C'est un horizon théorique, pas un produit disponible en 2026. Les chercheurs prennent d'ailleurs bien soin de le distinguer de l'IA dite « étroite », celle qui fait tourner aujourd'hui les chatbots et les générateurs d'images.

En collant cette étiquette à l'ensemble du secteur, y compris aux outils les plus banals, l'administration américaine efface d'un trait une distinction que la recherche a mis des années à construire. Un correcteur orthographique ou un assistant de code ne devient pas plus intelligent parce qu'un décret le range dans une nouvelle case sémantique. Ce que change réellement ce changement de nom, c'est la perception, un mot jusque-là réservé à un scénario lointain et incertain se retrouve soudain appliqué, dans le discours officiel américain, à n'importe quel outil grand public.

Même dans le camp présidentiel, l'ironie n'a pas manqué. Sur X, le commentateur conservateur Matt Walsh s'est amusé d'avance du spectacle à venir, celui de partisans de Trump se mettant docilement à parler de « super intelligence » parce que le président le leur a demandé.

Une décision qui dépasse le simple vocabulaire

Le rebaptême n'est qu'un fragment du discours prononcé à New York. Trump y a aussi rejeté toute idée de gouvernance mondiale de l'intelligence artificielle, préférant confier la surveillance du secteur au ministère américain de la Justice plutôt qu'à une instance internationale. Il a revendiqué une avance sur la Chine, sans fournir la moindre donnée pour l'étayer. Une posture qui tranche nettement avec les appels à ralentir venus de plusieurs dirigeants de laboratoires d'IA ces derniers mois, et avec les alertes répétées de l'ONU sur des systèmes de plus en plus autonomes.

Ce qui ne change pas, malgré tout

Rien, sur le plan technique, ne justifie ce basculement. Aucune avancée scientifique ne s'est produite entre le 18 et le 22 septembre. Ce qui a changé, c'est un mot, choisi par sondage plutôt que par consensus scientifique, et dont l'effet principal sera de brouiller un peu plus la compréhension publique d'une technologie déjà mal comprise.

Pour les rédactions françaises et européennes, la leçon est simple, continuer à appeler les choses par leur nom. L'intelligence artificielle d'aujourd'hui n'est pas la superintelligence de demain, et ce n'est pas un vote sur Truth Social qui y changera quoi que ce soit.

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Un projet indépendant associé à ia-info.fr, édité par un journaliste spécialisé en intelligence artificielle.

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